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22 septembre 2015

Considérations métaphysiques




On nous dit dans les oreillettes que le temps imparti se raréfie et que notre espace vital se rétrécit à vue d'œil...  on nous répète aussi que le lien social global passe par l'abandon des identités particulières ainsi que des traditions culturelles spécifiques. Ceci est évidemment un point de vue qui peut être défendu par un bon avocat pour le compte de quelque multinationale agressive.
 
Partant d'un point de vue philosophique ce genre de boniment ne trouve guère de prises pour s'accrocher. Car il consiste tout juste à dépouiller les esprits crédules de leurs derniers repères pour mieux les égarer et par la suite, les dominer.

En réalité et quand on y regarde de plus près, sur le plan métaphysique tout est calme et serein dans la plus extraordinaire diversité. Tout coule d'un plan à l'autre, d'une dimension à une autre, sans faire de vagues. Il suffit de s'asseoir et de réfléchir objectivement à ce qu'est notre situation dans ce monde, nous qui avons le privilège inouï de pouvoir jongler avec les galaxies, d'avoir accès à plusieurs dimensions, de pouvoir les comparer et les visiter une à une au gré de notre fantaisie. D'un bord à l'autre du monde nous pouvons voyager par la pensée, prédire aussi bien que réactiver d'anciennes thématiques. De même revisiter ou inventorier d'antiques civilisations et si cela ne suffisait pas, on peut toujours en inventer d'autres ici ou ailleurs dans l'univers. Ne dîtes jamais que ça n'existe pas, la science-fiction l'a déjà fait !

Par ailleurs, le monde n'est pas aussi fini qu'on veut bien nous le raconter. De fait il n'a jamais eu de limites ni de frontières, tout phénomène est extensible. Il suffit d'appréhender les mécanismes de la métamorphose quantique pour comprendre ce que la liberté veut dire...




Illustration :

Roger Dean






20 octobre 2014

Ou marcher dans le vide


Très jeune déjà on juge indispensable de s'installer dans les cercles connectés pour s'y creuser une petite niche. Et puis, à force de rentre-dedans et de tweets à la chaîne, on pourrait même envisager d'acquérir une certaine surface, commencer à gonfler la voilure et se forger une e-réputation. Parce que maintenant on ne raisonne plus qu'en termes de plateforme, il faudrait donc toujours à la pensée un logis, une adresse. Mauvais pli, l'affaire est mal engagée.

Il convient de le dire et de le répéter aussi souvent que nécessaire, la pensée n'a pas de localisation. Phénomène quantique par excellence, la pensée n'a pas vocation à stationner dans les situations ni même à la jonction des théorèmes, fussent-ils métaphysiques. La pensée n'excelle qu'à planer où bon lui semble, voler en une nanoseconde d'un bout à l'autre de l'éternité ou encore et tout simplement, marcher dans le vide.

La pensée opère toujours à la marge, dans l'intervalle subtil entre les vagues d'énergie, tout affichage sémantique n'étant en somme que le signal formel d'un processus réussi à l'instar du lumineux clignotement des étoiles lointaines. Alors quand la politique du nouveau web consiste à vouloir nous assigner à résidence, sans doute pour tenter d'enchaîner la pensée à d'influents circuits algorithmiques de prescription sociétale et idéologique, il s'agit de lui tirer l'échelle sans l'ombre d'une hésitation.

Les nouveaux parcs à thèmes proposés dans l'espace numérique laissent déjà entrevoir leur véritable destination, qui est le formatage d'une clientèle captive. Si les programmes en cours, comme tous ceux qui les ont précédés, nous paraissent à nous autres béotiens résulter de connaissances technologiques extrêmement sophistiquées, il n'en n'est généralement rien : leurres pour la pensée et marketing de masse. Ah! le puissant susurrement des mots magiques : cloud computing, crowd sourcing et autres e-tutoring. Le caractère culture populaire et bon enfant d'injonctions subliminales, du style : "Voyez comment nous, des geeks extraterrestres surdoués, prenons sur notre agenda déjà hyperbooké pour vous expliquer patiemment comment vous aussi pouvez développer votre intelligence".

Oui, bien sûr, mais non sans façon ! Poliment mais fermement. Sous prétexte d'être en phase d'apprentissage, on n'est pas obligé de tomber tête baissée dans tous les panneaux, car la démonstration est toujours à refaire même si la mémoire garde les empreintes d'expériences antérieures réussies. Les anciennes générations connaissaient le luxe de l'ennui mais aussi la liberté d'utiliser l'intellect à leur guise. De nos jours, c'est la pensée elle-même qui se trouve être l'enjeu de manœuvres organisées visant sinon à la domestiquer, du moins à la conditionner.

Penser à penser est déjà une forme de sauvegarde. En outre, s'exercer régulièrement à "penser dans le vide" est un bon entraînement de combat. Par ces temps qui s'annoncent troublés, mieux vaut éviter de se rendre trop dépendant d'artifices extérieurs si l'on tient à garder une certaine vivacité d'esprit et un semblant d'autonomie de jugement.