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3 janvier 2015

Algorithme inaugural

 
L'opération métaphysique la plus délicate, pour un conteur qui se veut efficace, est dans le choix méticuleux d'un titre.
 
 


Le contenu sémantique de tout le texte doit pouvoir y figurer comme l'univers dans une goutte de rosée, mais sans en alourdir la portance, le jet. Le titre se doit donc d'être à la fois subtil, enjôleur et modérément explicite.
 
Dans cet exercice périlleux, ce sont tout naturellement les journalistes et les auteurs de blogs qui sont amenés en première ligne à devoir résoudre ce genre d'exquise problématique, pensum rituel qui confine à l'art du koan, cette petite formule énigmatique que les maîtres zen de l'école Rinzaï proposent à leurs disciples pour les faire avancer dans l'étude de la Voie.

Plus prosaïquement, nous nous contenterons donc de prononcer un modeste mais très sincère : Bonne et heureuse année à tous les voyageurs de l'espace virtuel, de même qu'à tous les autres bien entendu !


 
 

2 octobre 2014

Brouillage mental : les maîtres du puzzle



Le modèle connectiviste semblait devoir apporter une ouverture sur le monde, de même qu'une optimisation radicale des standards de l'information. Après quelques années d'internet à haut débit, on voit déjà qu'il n'en est rien. Bien au contraire, on constate que l'utilisateur compulsif des plateformes de connexion vit dans un univers parallèle qui est en vérité une sorte de brouillard opacifiant et neutralisant. Le surfeur ne "ride" pas, il est juste manipulé.

Il faut savoir que dans cette dimension l'information n'est qu'un leurre, une valeur d'ajustement qui dépend de critères fluctuants et parfois assez ésotériques. Les moteurs de recherche ne font d'ailleurs guère mystère du fait que les résultats de recherche placés en tête de liste correspondent plus à des créneaux commerciaux qu'à des bases objectives ou scientifiques. Pour le reste, il suffira de prendre pour exemple quelques uns de ces weblogs à l'aspect sobre et discret, généralement consacrés à des thèmes d'ordre politique, économique ou artistique. Certains d'entre eux offrent une véritable tribune ouverte aux lecteurs, lesquels ne se privent pas d'y exercer leur talent critique ni d'apporter quelque grain à moudre à ce moulin. En apparence, les commentaires s'alignent sagement les uns derrière les autres selon leur ordre d'arrivée, délivrant leur portion congrue d'information-désinformation. A y regarder de plus près on s'aperçoit avec stupeur que les interventions sont déplacées, décontextualisées puis recasées selon le bon plaisir du webmaster.

Dès lors on comprend bien que tout message peut être recyclé dans une nouvelle configuration, voire dans un sens très différent. Le  magicien qui sommeille en chaque créateur de blog sait bien être attentif aux signes les plus subtils et aux indices de transformation. Il ne se prive donc pas de brasser et rassembler les morceaux du puzzle qu'il compose et recompose avec la patience tranquille que seule peut conférer l'extraterritorialité du web.

A l'occasion on aura donc tout le loisir d'assister, médusé, à un détournement sémantique des propos des internautes sous la direction d'un chef d'orchestre invisible mais omniprésent. Les fils des commentaires sont savamment détricotés puis réarrangés, donnant une nouvelle tonalité à l'ensemble. Au final et si l'auteur du blog est un geek un peu artiste, on peut assister à l'émergence d'une symphonie harmonieuse où les propos épars des uns et des autres sont imbriqués dans un jeu de rôles quasi scénarisé. Les intervenants extérieurs ne sont au final que des pions circulant à leur insu sur le plateau d'un jeu complexe, à niveaux multiformes.


 

25 septembre 2014

Comment H16 transforme les glissements de réalité


Le site Hashtable est l'un de ces planétoïdes tournant à la périphérie du web connu dont il est question au chapitre précédent et H16 en est le seigneur et maître. Quotidiennement, il s'occupe de son univers-jardin avec patience et abnégation sauf le dimanche quand les autres déités se reposent aussi.
 
Tous les jours donc, H16 fait naître l'illusion à partir de zéro, une nouvelle insignifiante, une anticipation calculée, un pari fou : il jette un titre d'article sur la table comme on lance les dés et le charme commence à opérer. D'abord le prêche du haut de la chaire, toujours captivant et en apparence bien documenté. Le ton est magistral et assuré, le public est d'ores et déjà sous influence. En magicien de l'art, il dessine une ambiance, campant un environnement imaginaire puis se met à le saupoudrer de doute. Il insiste, fouille dans les recoins, chacun se sent directement concerné : "oui, c'est bien moi. Mea culpa, maxima culpa !" Commence alors l'interminable cortège des pénitents venant détailler leurs méfaits, leurs craintes et leurs espoirs. Les confessions durent jusqu'à ce que le sommeil gagne les plus bavards. H16 fait alors une dernière inspection des lieux, ramasse les bouts de rêve qui traînent encore puis éteint les lumières.
 
La qualité d'un maître se vérifie toujours à l'aune des plus humbles de ses disciples. Pendant la longue litanie des commentaires, le gourou n'est jamais bien loin qui veille à la discipline de son petit monde. Une sèche remontrance par ci, une bienveillance par là et plus loin, un éclairage sur un point de doctrine. Car ce micro-univers n'est pas seulement un biotope idéal pour blogueurs compulsifs, c'est aussi l'expérience en direct d'un système de pensée qui s'autorise l'autonomie. H16 est en effet un jardinier d'un genre spécial : il cultive l'entre-soi. Ses disciples viennent de loin pour lui rendre hommage. Pouvoir déposer chaque jour sa modeste contribution est ici clairement un privilège en même temps qu'une forme de consécration. L'excellence littéraire, la culture et le trait d'esprit sont de rigueur, même s'il règne parfois une certaine atmosphère canaille. Les envieux et les timides tournent autour du blog sans oser y pénétrer, se contentant de humer la ferveur intellectuelle qui anime ce petit monde perdu dans l'espace mais se suffisant à lui-même, régi par la seule volonté de son inspirateur et créateur, soutenu par ses fidèles commentateurs-courtisans.


 
 
Toutefois, l'ombre d'un soupçon traverse parfois l'esprit : se pourrait-il que ce blog soit en réalité une sorte de jardin d'enfants hyperdoués ? Y sévit par exemple un certain Calvin, dont on ne sait s'il a douze ou cent douze ans ... Auquel cas H16 serait une nounou sophistiquée, chargée de garder les précieux bambins de 9:00 heures à 22:00 heures. On sent en effet que le rythme des contributions s'étiole autour des 16:00 heures, pause sacrée du goûter comme chacun saît !

 

Le fin mot de l'histoire est sans doute que la table d'inversion des coups (hashtable) permet de se glisser indemne entre les séquences de réalité, en admettant que celles-ci soient de nature purement fictionnelles.

 
 
 
Illustrations
 
1. Le torrent aux ours : The Chalk Guy, dessinateur de rue US
2. Plan de ville dans un cirque de montagne : Hatsusaburo Yoshida
   (Google doodle)
 
 
 
 

6 septembre 2014

Un blog si tranquille

 
Un bon conseil : quand vous partez en excursion sur le web et croisez sur votre chemin d'humbles weblogs à l'aspect anodin, presque invisibles dans le bocage virtuel, sachez que les apparences peuvent être trompeuses. Le cachet d'amateurisme et la modestie de l'installation peuvent parfois réserver d'étranges surprises.
 
Pas de quoi paniquer non plus, mais il sera toujours préférable de garder à l'esprit qu'une bonne théorie de réserve vaut mieux que pas de théorie du tout ! Et il faut savoir qu'aujourd'hui c'est précisément dans ces lieux secrets que peut s'élaborer le monde de demain. Eh! oui, ce que vous aviez pris pour une cabane de jardin est peut-être un refuge intellectuel où de nouveaux paradigmes sont en cours de création. A moins que des agents au service d'une puissance inconnue n'aient choisi ce mode d'emprise sur l'esprit des internautes trop crédules. Qui donc irait se méfier d'un petit ermitage perdu au milieu des forêts du web ?
 
Pour en avoir le cœur net, rien ne vaut une analyse approfondie des commentaires liés aux articles d'un blog. Ici encore, pas de règles générales, mais du feeling, de la psychologie (et si possible un bon bagage de culture générale). N'oublions pas que dans certains blogs parmi les plus fréquentés, c'est l'un des commentateurs réguliers qui est le véritable patron du bar. Celui qui brille dans les débats pendant que l'auteur présumé se coltine le boulot rédactionnel ! Par ailleurs, un nombre très élevé de commentaires est typiquement l'indicateur qui permet de supputer qu'un blog est téléguidé de l'extérieur. Mais l'absence de commentaires est tout aussi sujette à caution, car cela laisse supposer que le blog en question se positionne dans un rôle d'observatoire, voire d'arbitrage. Inquiétant. Peu de commentaires mais pointus laissent à penser que les intervenants se la jouent "au-dessus" de nos têtes, entre initiés. Il pourrait donc bien s'agir là encore d'un leurre, un blog de combat déguisé en petit blog inoffensif !
 
Bref, il n'est jamais trop tard pour se poser les bonnes questions ...
 
 

29 août 2014

La véritable nature du net par l'erreur 503


Il vous est sans doute déjà arrivé de vouloir consulter une page familière, ou d'apporter quelque modification à votre site pour tomber inopinément sur une porte close : l'erreur 503 nous explose à la figure, indiquant que le serveur est momentanément inapte à traiter notre requête HTTP.
 
Et voilà ! pressé ou pas pressé, ce sera donc l'angoisse du vide et la solitude au large de l'hypertexte. Face à l'insolent déni de service il n'existe aucun moyen de négocier un protocole de transfert, le serveur étant où bon lui semble, dans les nuages ou peut-être sous le niveau de la mer ... avec nos inestimables données personnelles.
 
C'est ici que devrait normalement s'allumer en nous une petite lueur de vigilance, sinon de paranoïa. Après tout, depuis combien d'années sommes-nous ainsi conditionnés à déposer en ligne nos biens les plus précieux (souvenirs, photos, échanges, courrier, commerce, œuvres artistiques, etc...) ? Pourquoi devrions-nous ainsi nous délester sur le net de tout ce qui remplit nos vies, des conversations de bar aux grandes questions philosophiques ? Qu'est-ce qui nous pousse à monter dans ce train comme du bétail qu'on pousse dans les wagons, par centaines, par milliers. Toujours plus d'adeptes - et moins de services de la part des opérateurs, l'aurez-vous aussi remarqué ?
 
En vérité, la nature du Net est cryptographique, dans le sens où il s'agit d'une trame à résonances multiples. Comme toutes les trames (voir les toiles d'araignée), elle est composée de signes et de vide. Cette sémantique est grisante, vertigineuse et addictive. Nous en sommes tous les disciples plus ou moins consentants, bien qu'un peu naïfs. On voit pourtant se profiler déjà quelques signaux moins ludiques, des modifications dans les règles du jeu encore éparses et plutôt anodines. Des mots qui disparaissent, des livres qu'on copie, des auteurs qu'on oublie de citer, des citations que l'on falsifie comme à dessein ...
 
Contrairement à la légende, la recherche et la vérification des informations sont plus sujettes à caution que jamais. Pour des adultes cultivés d'âge mûr (qui disposent par conséquent de multiples points de comparaison), le constat est sans appel : trop de lacunes, trop d'erreurs et d'inexactitudes se répandent sur le web. A tel point qu'il n'est pas impossible qu'il s'agisse d'une stratégie concertée plutôt que d'un concours de circonstances. Dès lors, ne serait-il pas opportun de lire dans ces marquages successifs les signes précurseurs d'un remplacement programmatique de civilisation ? A moins qu'on ne préfère employer un terme qu'on croyait définitivement passé de mode, celui de rééducation de masse.
 
A méditer et à tester en faisant quelques recherches pointues sur Google.