21 juin 2017

Canicules



Cèdre de l'Atlas



Quand l'air devient du plomb qui coule sur les épaules et sur les bras par vagues aléatoires comme des caresses volcaniques, comme la pression d'une preuve...
 
Cette séquence météorologique jamais encore enregistrée sous nos latitudes et qui est sans doute appelée à se répéter, nous laisse entrevoir un des aspects de ce que pourrait être la note climatique de l'Europe de demain : brûlante, torride et bigarrée.
 
Il nous faut alors sans perdre de temps laisser tomber les affaires courantes aux heures les plus chaudes pour observer les réactions de notre corps et si nécessaire y remédier. Ne jamais oublier le meilleur des remèdes qui est de joindre l'utile à l'agréable... pour les uns ce sera de sécher les cours quand d'autres s'offriront le rituel sacré des Espagnols et des grand-mères, à savoir une bonne petite sieste.

Sans oublier les glaces, remède éphémère mais divine consolation en cette saison abrupte.
 
Y a-t-il un effet philosophique de la canicule ? Pour le moment je n'en vois pas, mais l'un ou l'autre de mes distingués lecteurs pourra sans doute me mettre sur la piste de quelque idée originale. C'est d'ailleurs pour cela que le titre est ici au pluriel : les canicules sont multiples et sans doute ressenties de diverses manières.
 
Toutefois, je me risque à lancer un débat plus général à ce sujet : peut-on s'appuyer sur le cas de la canicule pour observer notre relation corps-esprit ?
 
Ajoutons que selon les prévisions météo nous avons encore de longues journées devant nous pour étudier ce phénomène oppressant, voire pour nous y adapter ...
 
 
 
 
 
 

8 commentaires:

Fredi M. a dit…

Toutefois, je me risque à lancer un débat original à ce sujet : peut-on s'appuyer sur le cas de la canicule pour observer notre relation corps-esprit ?

Ça c'est une question.
Je crois que les trop fortes chaleurs peuvent rendre fou en effet.
Cela se vérifie dans des contrées plus méridionales.
La vie mesurée, équilibrée, harmonieuse, s'épanouie en climat tempéré. En bord de Loire par exemple, ou sur les bords du Léman. La vie en milieux extrêmes, et pas seulement humaine mais aussi végétale, animale, s’accommode d'un environnement hostile et par mimétisme est devenue extrémiste...
Ce n'est pas très original et demande à être contredit.
Mais à votre question je réponds "oui".

Jean-François M a dit…

Je trouve également que les conditions climatiques ont un retentissement sur le corps et l'esprit. Les fortes chaleurs que nous subissons en ce moment, me rendent mou à la fois corporellement mais aussi sur le plan de l'esprit. J'ai du mal à aligner deux pensées à la suite. Mon esprit est ralenti.

Barbara Schreyer a dit…

@ Fredi M.
Là il me semble qu'il s'agit d'un phénomène incomparable avec ce que nous connaissions, même dans les zones extrêmes...
J'avais fait autrefois une méharée dans le Hoggar, toute seule avec mon guide et nos deux chameaux. Couverte des pieds à la tête d'une ample djellaba et d'une écharpe pour me protéger du soleil. Et paradoxalement, ces vêtements avaient aussi pour fonction de me rafraîchir.
Mais ce qui se passe là est de nature inédite, rien à voir avec nos références !

Barbara Schreyer a dit…

@Jean-François M.
En effet, en pendant les heures les plus chaudes de l'après-midi, ça devient infernal, impossible de bouger et de raisonner sereinement...

Jean-François M a dit…

J'ai effectué il y a quelques années de cela, un voyage en Terre Sainte et les températures avoisinaient les 40° voir 50° dans le désert du Neguev. Paradoxalement, j'avais moins chaud que ces jours-ci. C'est une question d'hydrométrie. Plus importante sous nos latitudes. Ce qui fait que ça nous parait plus lourd.

Barbara Schreyer a dit…

Ah! j'ignorais ce détail. C'est donc le degré d'humidité dans l'air qui fait ressentir plus ou moins fort la chaleur ?
Pourtant, en zone tropicale où il faut souvent chaud et humide on n'entend jamais parler de canicule...
(en rédigeant ce commentaire je sens bien que mon raisonnement est déjà courbé par la chaleur de cet après-midi, ou du moins par son appréhension. mais je n'ai pas le force de le remanier, ayant plein de trucs à faire avant de succomber et de retomber dans mon fauteuil avec une bonne glace !)

Jean-François M a dit…

Chère Barbara. Me permettez-vous de vous appeler "chère" ? En zone tropicale, il y a une forte hydrométrie, mais on ne parle pas de canicule, car les températures sont normalement élevées. J'ai un ami qui a séjourné en Guyane, il s'en souvient encore, tellement il a souffert et de la chaleur et de l'humidité. Ce n'est pas la même chose dans les pays du Moyen-Orient.

Fredi M. a dit…

Non contente d’être une damnation biblique, la canicule est un grand moment d’abjection. Les imbéciles (ils sont légion, faut-il le rappeler !) se réjouissent qu’il fasse chaud – et même très chaud : c’est l’hawaïsation du préjugé climatique, la tropicalisation de l’individu post-historique, le devenir saharien de l’espèce humaine, laquelle semble, plus que jamais, mettre en œuvre son anéantissement, tout en ayant l’air de le subir. C’est que, comme le nombre, la chaleur dégrade, alors que le froid élève l’esprit, ennoblit le corps. Si l’Europe l’a emporté d’un point de vue civilisationnel, c’est pour avoir repoussé au sud et au nord ce qui heurtait le goût et la raison. La terre n’est habitable qu’à la condition de se tenir à l’écart du Sahara et de la Taïga, des Tropiques et des pôles… D’où, pendant plusieurs siècles, l’exemplarité de la civilisation française.

Ici.

J'ajoute pour abonder dans le sens de JFM que le taux d'humidité de l'air n'est pas pour rien dans notre perception de la chaleur. Aux Antilles françaises que je connais un peu, les températures ne dépassent que très rarement les trente degrés et pourtant le métropolitain qui y débarque y suffoque malgré les alizés : l'air y est saturé à 80% d'humidité.