17 janvier 2017

La quiétude du diariste

 

Il existe plusieurs types de blogs parmi les plus lus et commentés et chacun a ses propres afficionados. Il y a ceux qui analysent l'actualité et se plaisent à flirter avec la politique jusqu'à devenir peut-être un jour, un véritable site de référence. Ceux-là sont en principe tenus par des blogueurs dynamiques et rigoureux, qui visent sans doute une certaine notoriété...

Il y a aussi les blogs thématiques, ceux qui se consacrent intégralement à l'exploration d'un thème spécifique comme la littérature du Moyen-Âge, l'astrologie, la culture des orchidées en pot ou encore dans un genre plus classieux, le maniement expert du sabre japonais : La Voie du Samouraï.

Et puis il y les inclassables, ceux qui racontent les péripéties d'une vie au jour le jour, les petits riens qui surviennent au hasard ou, a contrario, les projets longuement mûris sous la contrainte d'une volonté inflexible. L'équivalent en somme de la tenue de ces chroniques journalières, un genre littéraire qui était fort prisé autrefois, avant que la télévision ne vienne réclamer son lot de temps libre.

Ces "blogs perso" sont le roman d'une vie. L'auteur prend ici ses aises. Tout à fait détendu il ne redoute pas de se confier, allant même jusqu'à révéler ses pensées les plus secrètes comme s'il était face à son psy. Il en oublie que sur la Toile il sera lu par des milliers de lecteurs anonymes, répertorié et spolié de ses droits d'auteur par Google. Mais peu lui importe, jour après jour il relate minutieusement ses activités, ses réflexions ainsi que les évènements marquants qui auront retenu son attention.

Et c'est sans doute dans ce registre que l'on peut encore croiser de véritables diaristes à l'ancienne, s'appliquant à rapporter leurs faits et gestes quotidiens dans le moindre détail comme pour être sûr de n'en oublier aucun. On rencontre cette manie parfaitement conservée, illustrée avec talent par l'écrivain et polémiste Renaud Camus qui rend scrupuleusement compte de toutes ses démarches quotidiennes dans Le Jour ni l'Heure, aussi prosaïques fussent-elles. On y parle par exemple de douche finissant à l'eau froide, des dépenses du jour et de l'appétissante composition de repas finissant rituellement sur la poire et la framboise. On en redemande...

Que d'énergie et parfois de talent déployés dans cette activité pourtant si anodine et familière ! Ici, l'opportunité de paraître sur le web doit parfois inciter l'auteur à enjoliver ce qu'il aurait probablement laissé filer s'il ne s'était agi que de tenir le classique procès-verbal du jour sur un bon vieux cahier d'écolier. Car la simple plausibilité d'être lu par des inconnus dépasse sans doute le douillet réconfort que peut procurer la tenue régulière et casanière d'un simple journal personnel en y introduisant cette fois la petite connotation ludique, si ce n'est franchement théâtrale d'un certain exhibitionnisme...




2 commentaires:

Anonyme a dit…

Est-ce que vous tenez vous-même un journal, si j'ose cette question indiscrète ?
Philoctète

Barbara Schreyer a dit…

Plusieurs même, pendant mes folles années de jeunesse. Mais jamais très longtemps !